La philosophie entre le soleil et la pluie.

Remarques météorologiques, 22 juin 2026.

Le soleil sépare le ciel d’avec la terre, éloigne le ciel, assèche la terre.

Le soleil est une puissance de séparation, d’abstraction : non seulement il abstrait (sépare) le ciel d’avec la terre, mais il rend toutes choses abstraites, sèches, lointaines ; chez Platon, dans La République, et dans plusieurs autres de ses œuvres, le soleil est le symbole même de l’abstraction, de la séparation, de la transcendance. Par nature, le soleil est dualiste. Il induit une pensée dualiste. Chez Platon toujours, il est le symbole de l’Idée régnant sur les autres Idées ; il est la puissance qui les dévoile, autant qu’elle nous les dévoile, en les éclairant, en les titant de leur nuit. Au contraire du soleil qui sépare, la pluie réunit (elle réunit aussi les hommes dans les maisons, quand il pleut trop fort dehors, quand elle gâche les weekends), elle est la fusion du ciel et de la terre, elle est circulation entre eux.  Le soleil est l’image de la transcendance, la pluie celle de l’immanence. Il existe de nombreuses philosophies du soleil; le soleil tient une grande place dans les livres des philosophes, quand la pluie n’en tient aucune ! De nombreux monarques ont pris le soleil comme symbole – tout particulièrement le plus insigne d’entre-eux, le Roi par excellence, Roi-Soleil, Louis XIV -, quand aucun ne s’est jamais identifié à la pluie, quand aucun n’a élu la pluie pour symbole de sa majesté. Le roi pluvieux reste impensable ! Les gazettes ont d’ailleurs moqué le président français François Hollande pour l’affection que lui manifestait obstinément la pluie. Plus qu’un symbole, apparaît là une  identification : si Louis XIV s’est identifié au soleil, son Versailles réalisant dans l’espace géo-historique la Cité du soleil de l’utopiste Tomaso Campanella, aucun chef d’Etat ne s’est identifié à la pluie. Le soleil est dualiste, ai-je dit ; la pluie, elle, est moniste.

         Les poètes invitent souvent la pluie. Songez à Verlaine : « Il pleure dans mon cœur/ Comme il pleut sur la ville ». Ce Verlaine dont Guy Goffette écrit qu’il est « d’ardoise et de pluie ». Qui, à l’opposé de Platon, inspiré par les poètes, fera de la pluie œuvre de philosophie ? Qui écrira une philosophie et une politique de la pluie ?